UN PEU D'HISTOIRE
- Introduction
- L'antiquité
- Techniques de combats et émergence de la chevalerie
- Les armes du chevalier
- Techniques de combat mediévales et aptitudes morales et physiques
- La piétaille et autres combattants
- Des maîtres d'armes à la Savate
- De la Savate ancienne a la Savate Boxe Française moderne
- La Savate au 18ème siècle et au 19ème siècle
- La Savate au 20ème siècle
- Caractéristiques de la Savate Boxe Française
- Bibliographie
INTRODUCTION
Tout le monde connaît, au moins de nom, quelques arts martiaux orientaux. Les effets de mode ne sont pas pour rien dans ce vedettariat parfois un peu surfait.
En revanche, plus rares sont ceux qui savent que l'Occident dispose lui aussi d'un riche passé martial (que ce soit en techniques de combat avec armes ou sans armes) qui devrait permettre de se débarrasser de ce complexe tenace, quoique infondé, vis à vis de l'Extrême-Orient.
Les disciplines de combat anciennes, telles qu'elles étaient pratiquées de façon plus ou moins empirique en Occident, et plus particulièrement sur ce territoire successivement dénommé Gaule, Royaume de France, puis République Française, ont subies de multiples avatars au cours des siècles. Et l'on peut dire que la Savate Boxe Française moderne et ses disciplines associées sont des héritières plus ou moins directes, de ces techniques.
En conséquence, nous vous proposons de découvrir ensemble le riche passé martial français.
L'ANTIQUITE
On sait que le monde antique déjà, connaissait des techniques de combat au corps à corps, avec ou sans armes, élaborées et efficaces. Ces techniques s'utilisaient bien entendu sur le champ de bataille, mais c'est leur pratique dans les arènes qui les a rendues célèbres.
Les plus connues de ces disciplines (pugilat, pancrace, luttes) permettaient aux pratiquants du monde gréco-romain, les gladiateurs notamment, de devenir des célébrités en cas de victoires.
Le monde Gallo-romain n'échappait pas à cet engouement pour les combats de gladiateurs en arène, dont on parle tant de nouveau aujourd'hui, et qui sont en passe de devenir un véritable phénomène de mode dans notre monde contemporain qui ressent parfois le besoin de justifier sa fascination malsaine pour une certaine violence gratuite et brutale par la recherche de la plus grande efficacité. Il nous paraît donc inutile de développer plus avant cet aspect, d'autant que beaucoup de choses (pas toujours exactes) sont dites aux sujets de telles ou telles techniques " issues " du monde antique.
Les Gréco-Romains n'avaient pas le monopole des disciplines de combat. Les Celtes établis en Gaule, les fameux Gaulois, avaient eux aussi les leurs (luttes, escrime avec glaive, etc.).
Il est probable que certaines luttes traditionnelles régionales trouvent leur origine dans ces époques reculées de notre histoire. Elles sont hélas aujourd'hui trop souvent considérées comme un simple folklore méritant une considération condescendante, ce qui est fort regrettable car elles constituent un véritable pan de notre patrimoine culturel.
L'intérêt actuel pour les sports de combat brutaux centrés exclusivement sur l'efficacité n'est pas pour rien dans cette approche méprisante de ces jeux d'opposition régionaux. Heureusement, la redécouverte actuelle de ces traditions locales, même si cela constitue un phénomène de mode parfois très mercantile, met en lumière les vertus de sports de combat traditionnels qui, exercés dans un cadre festif plus global, présentent une dimension ludique, éducative et culturelle appréciable.
TECHNIQUES DE COMBAT MEDIEVALES ET EMERGENCE DE LA CHEVALERIE
Au Moyen Age, les règlements de compte à coups de pieds ou de bâton sont fréquents.Mais c'est surtout l'émergence d'une classe guerrière à cheval qui va développer des techniques de combat, essentiellement avec armes.
Si, au départ, ce sont les techniques avec armes offensives qui sont prépondérantes, peu à peu les méthodes de combat avec équipements défensifs prennent de plus en plus d'importance.
A l'époque Carolingienne plus précisément, la cavalerie lourde prend une place majeure sur les champs de bataille. En effet, le guerrier doit être de plus en plus efficace, ce qui exige qu'il soit bien protégé par des tenues pesantes, tout en restant capable d'appliquer de nouvelles tactiques de combat, telle que l'assaut en tenaille, exigeant la mobilité, la vélocité et l'endurance du cheval.
Les hommes à cheval prennent donc une importance stratégique considérable en arrivant sur les lieux du combat en meilleur état physique que les piétons malgré leurs massives protections.
Très vite cette chevalerie acquiert une prééminence militaire et un prestige inégalables.
LES ARMES DU CHEVALIER
Techniques de combat à pied et de combat à cheval sont globalement similaires. Les hommes de guerre utilisent de nombreuses armes et ont développé de redoutables techniques.
LA LANCE
Ainsi, la lance est-elle utilisée soit comme arme de jet dans le combat à longue et moyenne distance, soit comme pique dans le combat à courte distance c'est à dire dans la mêlée. La frappe de pointe, dit coup d'estoc, se faisait soit par extension rapide du bras vers l'avant (mouvement dit de piston que l'on retrouve en Savate), soit par-dessus (mouvement de harpon), soit encore par-dessous (mouvement d'éventration), l'autre bras portant bouclier.
Les Normands diffusent une nouvelle méthode de combat consistant à charger l'ennemi avec une longue-lance en position horizontale fixe. Cette méthode devient universelle dès le 12ème siècle et reste spécifique au combat à cheval dont l'efficacité désormais repose sur la charge en formation compacte dévastant tout sur son passage. Désormais, on ne brandit donc plus la lance, on baisse la lance pour charger et disloquer l'armée adverse.
Cette méthode donnera aux chevaliers d'occident une réputation légendaire d'efficacité et d'invincibilité. On dira même d'eux qu'ils "sont indomptables à cheval".
Et si l'adoption de la charge avec lance couchée contribue à accélérer le développement de l'armement défensif (helme, heaume, bassinet à visière mobile, cotte de mailles, haubert, gamboison, armure de plates, grand harnois blanc), elle ne dévalorise pas l'importance des autres armes offensives.
L'EPEE
En tout cas, après la noble longue-lance, c'est l'épée qui est l'arme de prédilection et à laquelle les chevaliers portent un attachement tout particulier.
Cette arme offensive de main, qui peut demander près de 200 heures de travail à un forgeron pour sa fabrication, qui peut trancher comme un gros rasoir et peser jusqu'à 1,8 Kg, était de deux genres différents.
D'abord l'épée à lame légère, dite aussi épée de baudrier, essentiellement utilisée pour combattre à pied comme arme de taille plutôt qu'arme d'estoc (à l'instar de la canne de combat discipline associée à la Savate Boxe Française dont certains mouvements et coups sont proches de l'escrime médiévale).
Ensuite, l'épée à lame lourde, dite aussi épée d'arçon, très longue, attachée à la selle et servant d'estoc. En effet, dès que les armures furent plus solides, capables de résister aux chocs des coups d'épées de taille, il fallut donner plus de poids aux épées et l'escrime d'estoc pris de l'importance, encore que l'escrime de taille permettait de briser les os ou fracasser les pièces d'armures notamment lorsque les tranchants étaient ondés. La longueur de l'épée s'accroît donc, la lame seule pouvant dépasser 1,35 m pour une longueur totale de l'arme de 1,65 m. La poignée devient assez longue pour être saisie à deux mains.
AUTRES ARMES
La panoplie du chevalier est impressionnante : outre l'épée à une puis deux mains et la lance, peu à peu remplacée comme nous l'avons vu par la longue-lance qui deviendra l'arme de prédilection de toute la chevalerie, on trouve le javelot, l'arbalète, plus puissante que l'arc, la masse d'armes, le martel, le fléau d'arme, la hache, la dague et d'autres encore.
L'utilisation d'armes diverses, remarquablement meurtrières, permettait aussi bien le combat à distance qu'au corps à corps dans la mêlée.
A titre d'exemple, on peut citer la hache francisque dont l'inclinaison entre le manche et le tranchant était spécialement conçue pour que la hache se plante à coup sûr lorsqu'elle était utilisée comme arme de jet et pour décupler la puissance en fin de course du coup porté lorsqu'elle était utilisée à courte distance comme arme de frappe.
TECHNIQUES DE COMBAT MEDIEVAL ET APTITUDES MORALES ET PHYSIQUES
On a trop souvent véhiculé l'image du chevalier indestructible à cheval mais incapable de combattre à pied car peu mobile du fait de son armure. En vérité, les chevaliers ne rechignaient pas à terminer leur combat ou leur joute à pied.
Si les armures de guerre pesaient parfois jusqu'à 30 Kg, le haubert ne pesait que 10 Kg. Bien répartie sur tout le corps, cette charge n'empêchait nullement le chevalier de combattre efficacement à pied dans la mêlée où l'utilisation d'armes n'excluait pas le contact physique direct : baffes, coups d'épaules, poussées de l'adversaire, etc.
En tout état de cause, ces techniques utilisées par ces hommes robustes étaient simples et brutales, ce qui garantissait une efficacité maximale.
Les techniques de combat médiévales étaient redoutablement efficaces parce qu'elles étaient aussi directement issues de l'expérience acquise par les guerriers au cours des affrontements sur le terrain.
Par ailleurs, les tournois et les entraînements poussés, rustiques et très réalistes comportait de nombreux exercices physiques destinés à renforcer leur réflexe, leur rapidité, leur force, bref leur puissance brute.
Cette formation physique leur donnait des qualités guerrières indiscutables complétées par des qualités morales inculquées dès l'enfance. La pratique de la chevalerie nécessitait donc de solides aptitudes physiques et morales.
On a toujours vanté, voire idéalisé, peut être de façon excessive, la charité, la fidélité, le sens de l'honneur et le courage indéfectible du chevalier.
Ce n'est pourtant pas sans raison car le chevalier cherche plus à vaincre qu'à tuer, à gagner par sa vaillance et son excellence plutôt que par la ruse ou la traîtrise. Le chevalier n'est pas seulement un guerrier, il est un homme d'honneur prêt à offrir sa vie en un combat singulier qui remplace parfois l'affrontement général.
En effet, cette classe guerrière se dote d'une éthique, d'une idéologie particulière, un véritable code de déontologie qui a forgé ce que l'on appelle aujourd'hui l'esprit chevaleresque. Ainsi, un chevalier vainqueur doit-il épargner un chevalier vaincu reconnaissant sa défaite. L'esprit chevaleresque se résume essentiellement par le sens de l'honneur, le courage et l'éthique.
Comme l'écrit fort bien Jean FLORI : "la crainte de la honte et du déshonneur étendus à leur descendance, le souci de la renommée constituaient pour les chevaliers des motivations suffisantes pour triompher d'une peur naturelle combattue dès l'enfance".
Il convient également de souligner l'importance croissante de l'esthétique. Très tôt, les épées sont incrustées d'or et d'argent, puis c'est tout l'équipement qui s'embellit notamment grâce à l'influence des tournois où il convient d'être remarqué par son courage et son habileté guerrière mais aussi par ses atours.
Les équipements se parent d'ornements divers : cimiers héraldiques, parements chatoyants, harnois brodés...
Les tournois restent cependant, ne l'oublions pas, de véritables séances d'entraînements malgré leur caractère festif.
LA PIETAILLE ET AUTRES COMBATTANTS
Il convient de préciser que les armées n'étaient pas composées que de chevaliers. Elles étaient également formées de soldats à pied : la piétaille, qui regroupait des archers, des lanciers, des hallebardiers, des piquiers, des frondeurs, etc.
Chaque piétaille maniait avec excellence l'arme qui faisait sa spécialité. La panoplie des armes utilisées par les hommes à pied est très étendue (arcs, arbalète, lance, hallebarde, frondes, épieux, godendac, guisarme, goupillon, marteau, dagues...).
Néanmoins, la palme de la polyvalence revient aux chevaliers qui maîtrisent de nombreuses armes offensives, aussi bien à cheval qu'à pied, en combat à distance ou en corps à corps.
La connaissance des techniques de combat n'était cependant pas l'apanage exclusif des guerriers appartenant à la classe chevaleresque ou à la piétaille.
Ainsi, les paysans appelés à combattre pour leur seigneur se servaient du fauchart (faux emmanchée droite à l'extrémité d'une hampe) qui deviendra le vouge utilisé par la piétaille.
De nombreux manants ou artisans savaient manier le bâton, qui était également la seule arme de défense des pèlerins contre les brigands et les bêtes sauvages.
Les compagnons bâtisseurs étaient reconnus pour leur adresse au maniement de cette arme dont le profane sous-estime beaucoup l'efficacité : de nos jours, les combats de Bâton (qui est une discipline associée à la Savate-Boxe Française) ne sont pas autorisés en raison des risques trop importants qu'ils présentent pour l'intégrité physique des tireurs.
DES MAÎTRES D'ARMES A LA SAVATE
Peu à peu les armes et les techniques évoluent : après avoir atteint des proportions impressionnantes, les épées s'affinent lentement et deviennent plus légères. Consécutivement, les armes de tailles perdent peu à peu de l'importance au bénéfice des armes d'estoc.
On a déjà évoqué les nombreuses armes qui composent l'attirail du chevalier et sa maîtrise de chacune d'entre elles. Au fil du temps, la panoplie martiale ne se réduit pas, bien au contraire.
Ainsi, au 16ème siècle les maîtres d'armes savaient manier plus de 30 sortes d'armes, que ce soit à pied ou à cheval. Les combats, sur le champ de bataille ou en duel, restaient violents et combinaient efficacement l'usage des armes blanches telle que la rapière ou la dague ainsi que l'usage de techniques de combats au corps à corps avec coups de tête, coups de coude, coups de pieds, balayages et crochetages de jambes, techniques de luxations, poussées, coups d'épaules.
Les grands bretteurs (les meilleurs étant les français et les italiens) savaient surprendre leurs adversaires par des techniques diverses à la fois précises et brutales, l'objectif étant évidemment la neutralisation de ces derniers.
Ceci dit, les techniques de combat à mains nues sont peu à peu déconsidérées : la véritable noblesse consiste à combattre avec une arme, l'épée surtout, dont le port est réservé à l'aristocratie. Les jeux de mains étant, selon l'adage bien connu, des jeux de vilains.
DE LA SAVATE ANCIENNE A LA SAVATE BOXE FRANÇAISE MODERNE
D'ailleurs, c'est finalement dans les bas fonds que l'on utilise le plus les techniques de lutte au corps à corps, de coups portés avec les mains, les bras et les pieds ou le surin (couteau) et ce, depuis au moins le 17ème siècle.
On sait également que les marins français et génois pratiquaient, depuis le 18ème siècle, une méthode de combat avec les pieds. Cette méthode présente la particularité suivante : pour assurer leur équilibre sur le navire soumis au tangage et au roulis, ils utilisent deux à trois points d'appui lorsqu'ils frappent en ligne haute en s'appuyant au mât, au bastingage ou en posant une ou deux mains au sol.
On a coutume de différencier le chausson marseillais utilisant les coups de pieds, notamment en ligne haute, et la Savate du nord utilisant les coups de pieds, notamment en ligne basse, et des coups portés avec les mains généralement ouvertes (les baffes).
Pour plus de commodités, on nommera ces méthodes de combat sous le vocable commun de Savate.
En réalité, cette Savate n'était pas exclusivement une discipline de combat à coups frappés pieds-poings puisqu'elle combinait également des techniques de lutte au corps à corps avec saisies et projections, clés, coups de coudes, etc...
LA SAVATE AU 18ème SIECLE ET AU 19ème SIECLE
La Savate, typiquement Française, fut diffusée par l'armée révolutionnaire en Italie du nord, en Suisse et en Belgique.
Dès le 18ème siècle, la Savate devient grâce à Vidocq et ses hommes (bagnards repentis pour la plupart) une méthode de formation essentielle au combat de l'ensemble des policiers de Paris.
De son côté, Michel Casseux, né en 1794, recense et présente les différentes manières de se battre dans son traité "l'art de la Savate" qu'il enseigne par ailleurs dans sa salle de la Courtille.
En outre, dès 1832 la Savate se perfectionne par l'adjonction de coups de poings de la Boxe dite Anglaise : directs, uppercuts, crochets... En effet, en 1830, Charles Lecour ayant subi une défaite face à l'un des meilleurs Boxeurs anglais de l'époque lors d'un combat "Savate contre Boxe Anglaise", décide d'ajouter les techniques de combat aux poings à la Savate. Elle devient la Boxe dite Française.
C'est cette Boxe que maîtrise parfaitement le Prince Rodolphe, le héros des "Mystères de Paris" d'Eugène Sue, qui lui permet de faire face aux dangereux truands des bouges parisiens de tous acabits et notamment de défaire le chourineur, spécialiste du combat au couteau, qui deviendra son fidèle et solide compagnon. Il faut dire que Eugène Sue connaissait son affaire : en compagnie de son professeur Charles Lecour, il fréquentait les tavernes de bas étage de Paris où se situe en grande partie l'action de son roman qui débute en 1838.
Dès 1854, la Boxe Française-Savate prend sa revanche sur la Boxe Anglaise : Louis Vigneron bat le britannique Dickson.
En 1896, la Boxe Française Savate s'impose une nouvelle fois : Castères gagne un combat en Angleterre contre le champion de l'époque Wilson, combat arbitré par le Marquis de Queensburry, créateur des règles de la Boxe Anglaise dite "noble art".
Peu à peu, notre discipline de combats à coups frappés va perdre sa réputation de méthode de voyou et s'ennoblir pour plusieurs raisons :
- La démocratisation de la société estompe quelque peu le clivage entre les citoyens de telle sorte que combattre à mains nues, ce n'est plus se battre comme un chiffonnier ;
- l'interdiction des duels et du port d'armes oblige les bourgeois à apprendre des méthodes de combat sans armes pour se défendre.
Ainsi, au début du 19ème siècle, la Boxe Française Savate et la Canne connaîtront ensemble leur premier grand essor : elles deviennent très populaires comme moyens de défense personnelle. Les entraînements se font sans gants et parfois en chaussures de ville.
La renommée de la Boxe Française Savate est si grande que lorsque le Prince Napoléon Bonaparte crée l'école militaire de Joinville en 1852, il est décidé qu'il y sera enseigné cette technique de combat à mains nues concomitamment à la Canne suivant la méthode dite "de Joinville" (défense sur les quatre faces).
Sous le Second Empire, elle s'implantera même dans les colonies Françaises d'alors : Canada, Louisiane, etc...
Hélas, sa redoutable efficacité et sa pratique dans des conditions souvent peu sécurisées entraînent plusieurs accidents mortels, si bien qu'en 1856 un décret d'état interdit les sports de combat. Ils seront de nouveau autorisés 4 ans plus tard.
Il n'est pas rare à cette époque, comme nous l'avons vu, que les tireurs, outre la Boxe Française Savate, pratiquent la Canne. On sait moins qu'ils pratiquaient également parfois le Bâton, le Fléau, des exercices divers de force et d'adresse, la Lutte, le Surin (combat au couteau des bas-fonds) et l'Escrime à la Française, réputée dans le monde entier.
En 1877, Charlemont, militaire de carrière, codifie précisément les règles de la Boxe Française Savate pour la première fois. Et tout le vocabulaire officiel est en langue française, comme en escrime d'ailleurs. Ainsi parle-t-on de tireurs, d'enceinte, de fouettés, de chassés, de garde, etc.
Elle devient un véritable sport avec des règles qui ont constamment le souci de préserver l'intégrité physique des tireurs, la qualité technique et esthétique des mouvements, tout en conservant l'efficacité des coups.
Cette efficacité sera prouvée en 1899, Charlemont enverra au tapis le champion de Boxe Anglaise Jerry Driscoll par un terrible chassé-croisé et assurera définitivement la renommée de la Boxe Française Savate.
La Boxe Française Savate est donc épurée et devient véritablement un sport. Désormais, seuls les coups de poings, pour la plupart dits de Boxe Anglaise, et des coups de pieds précisément codifiés sont autorisés en assaut ou en combat. La Boxe Française Savate devient une élégante escrime aux armes naturelles.
LA SAVATE AU 20ème SIECLE
Au début du 20ème siècle, les premières compétitions s'organisent et Georges Carpentier est champion de France de Boxe Française Savate en 1907. Il s'oriente ensuite vers la Boxe Anglaise professionnelle pour devenir le grand champion internationalement connu. Il disait, parait-il, que son magnifique jeu de jambes lui venait de la Boxe Française Savate...
Mais la Boxe Française Savate ne se borne pas uniquement au domaine du sport et des loisirs. Grâce à ses qualités qui lui assurent une bonne efficacité, elle intéresse également les professionnels : les brigades de police mises en place par Clémenceau (les fameuses Brigades du Tigre) la pratiquent.
En 1924, la Boxe Française Savate est sport de démonstration aux jeux olympiques de Paris.
Aujourd'hui, la Savate Boxe Française est une discipline sportive et éducative peu médiatisée mais qui est la discipline pieds-poings majeure en France.
En 1994, la Fédération Française de Savate-Boxe Française, en collaboration avec des experts des Ministères de l'Intérieur et de la Défense, décide de remettre au goût du jour la Savate ancienne et ses techniques non sportives (notamment celles de Louis Leboucher, professeur émérite de Savate, né en 1807) dans le but de retrouver une méthode purement orientée vers l'autodéfense, simple, réaliste et redoutablement efficace : la Savate-défense moderne renoue avec les qualités de son ancêtre.
C'est donc une ancienne discipline qui renaît de ses cendres et s'adresse particulièrement aux professionnels de la sécurité et à tous ceux qui ont le souci d'apprendre à réagir en cas d'agression.
Aujourd'hui, la fédération de Savate Boxe Française regroupe plusieurs disciplines ayant entre elle un lien de parenté direct :
- la Savate Boxe Française (sport)
- la Savate Défense (autodéfense)
- la Savate Forme (détente rythmique)
- la Canne de combat
- le Bâton de combat
- le Bâton défense
CARACTERISTIQUES DE LA SAVATE BOXE FRANÇAISE
La Savate Boxe Française est un sport de combat extrêmement complet conçu pour être à la fois éducatif et efficace et permettant une pratique sans risque ni brutalité. C'est pourquoi il s'adresse aussi bien à des enfants (dès 6ans) qu'aux adultes.
Ce sport développe harmonieusement le corps en le fortifiant et en l'assouplissant pour permettre à son pratiquant l'utilisation puissante, dans des détentes rapides et précises, des poings et des pieds. L'éducation complète du pratiquant lui permet d'acquérir la résistance, l'endurance, la force, la vitesse, le mental et les réflexes qui sont indispensables à l'élaboration d'une tactique qui, combinée à l'appréciation des distances et de sa situation dans l'espace, permettent de s'engager avec plaisir dans l'assaut.
Par ailleurs, il renforce la confiance en soi, le contrôle de ses émotions, l'équilibre, le respect des autres et des règles. Dans ce sport, pas d'agitation stérile, pas de gesticulation inutile, pas de pseudo-philosophie ni d'ersatz de spiritualité. Chaque geste a un sens, un but, une fonction : l'engagement physique total pour toucher le plus possible l'adversaire sans être touché soi-même.
Véritable gymnastique du corps et de l'esprit, la Savate Boxe Française peut être pratiquée par les deux sexes.
Il y a quelques années, un Président de la Fédération Française de Savate Boxe Française proposait une définition de notre sport à laquelle nous souscrivons totalement, en la complétant quelque peu toutefois.
Ainsi, ce qui caractérise la Savate Boxe Française dans les sports de combat, c'est la règle des "E".
En effet, la Savate Boxe Française constitue une merveilleuse synthèse des cinq exigences que sont : l'Ethique - l'Education - l'Elégance - l'Efficacité - l'Excellence.
PREMIERE EXIGENCE : L'ETHIQUE
Car il s'agit d'appliquer des règles qui apprennent le respect de l'homme dans la confrontation. Cet esprit sportif, voire chevaleresque, qui impose le franc-jeu, n'est pas seulement une obligation de loyauté mais une preuve d'intelligence et d'application d'un code d'honneur.
L'honneur n'est pas synonyme de victoire comme on veut trop souvent le croire. C'est au contraire la dignité morale qui exige une vraie humilité intérieure. Et la Savate Boxe Française est une école d'humilité. Certes, elle apprend à se dépasser mais dévoile avant tout sans cesse quelles sont les limites de chacun et oblige à se remettre sans cesse en cause.
DEUXIEME EXIGENCE : L'EDUCATION
Car chaque coup de Savate Boxe Française est conçu pour enrichir le vocabulaire gestuel du pratiquant qui apprend à respecter les règles d'un sport qui demande de l'effort et de la persévérance.
La Savate a pour objectif d'améliorer et entretenir la santé en procurant un bien être physique et moral grâce au développement de la tonicité musculaire, de l'endurance, de l'adresse, de la confiance en soi, de la maîtrise de ses émotions et de la coordination psychomotrice.
TROISIEME EXIGENCE : L'ELEGANCE
Car il s'agit aussi de faire des mouvements esthétiques et maîtriser une gestuelle complexe et harmonieuse.
QUATRIEME EXIGENCE : L'EFFICACITE
Car il s'agit d'un affrontement face à face dont il faut sortir vainqueur.
CINQUIEME EXIGENCE : L'EXCELLENCE
Toutes ces exigences conduisent naturellement à l'Excellence.
Cette Excellence faisait d'ailleurs dire à un grand écrivain* que "la Boxe Française est faite des trois conditions qui honorent le plus la condition humaine : l'intelligence, le courage et la santé physique".
* Il s'agit de Marcel PAGNOL.
BIBLIOGRAPHIE SUCCINTE :
- Les Mystères de Paris de Eugène Sue (éd. Robert Laffont, collection Bouquins)
- Encyclopédie Médiévale de Viollet Le Duc (éd. Inter-Livres)
- Chevaliers et Chevalerie au Moyen Age de Jean Flori (éd. Hachette)
- Mémento Formation Savate Boxe Française (FFSBFDA)
- La grande épopée des sports de combat et arts martiaux de Sylvain Salvini
© Grégory BUZOLICH








